Mon cher Victor

Mon cher Victor,

Je me souviens de ce jour où je vins pour la première fois à ta rencontre.
Je me souviens de ce moment où je pénétrais dans ton atelier, accueillie par un magnifique bouquet de tulipes.
Ce jour fut déterminant, certains regardent, d’autres voient c’est cela la différence.

Merci d’avoir entrainé Jean Desvilles chez nous.
C’est un fabuleux personnage, héros de roman, il y largement matière à faire un film.
Nous sommes des distributeurs de rêves.

Je sais que nous nous reverrons, je ne te connais pas beaucoup, nous ne nous sommes rencontrés que peu de fois,
Et pourtant j’ai l’impression de t’avoir toujours connu.
Ne change jamais, reste toujours ce chic type… ce seigneur!
A Jean et à toi merci pour les beaux cadeaux, l’art transmute l’homme et le tire vers le haut

Très sincères amitiés, bises

Nicole Lellouche
Adjointe au Maire
En charge des affaires culturelles
De LIVRY-GARGAN

Dialogue silencieux avec une œuvre d’art (Nicole Lellouche)

Dialogue silencieux avec une œuvre d’art.

C’est avec fierté que la ville de Livry-Gargan expose au château de la foret les œuvres de cet immense artiste Monsieur Victor Sasportas.
Ses compositions colorées travaillées en touches puissantes, ses rassemblements organisés sont d’une implacable vérité.
Derrière l’œuvre se profile l’humaniste, interrogation d’artiste sur le monde.
Victor Sasportas entraine le spectateur dans le questionnement.
Lorsque la trace du pinceau écrit a ce point les couleurs de la vie, alors l’œuvre demeure à tout jamais conservée en nous.
Quand un artiste transmute a ce point le spectateur, alors l’artiste a rempli sa mission.
Rendre visible l’invisible, Victor Sasportas réussi parfaitement cela.
L’art n’est beau que lorsque la main, l’esprit et le cœur de l’homme travaillent ensembles

Nicole Lellouche
Adjointe au Maire
En charge des affaires culturelles
De LIVRY-GARGAN

Texte de Béatrice Bellat

Impro du 25/04/2015 à partir du tableau de Victor Sasportas “Petite Foule”

Où vont-ils tous ces gens tournant la tête du même côté?
Sont-ils unis pour une même cause,
Intéressés par un même événement,
Ce qui signifie la même chose…
Sommes-nous dans la cour de récréation,
Dans une manifestation, un concert, une exposition?
Avons-nous à faire à des adultes ou à des enfants?
En tous cas, serrés sont les rangs,
Et les espaces laissés sur la chaussée
Sont comme des trous d’air
Dans ce monde étouffant.
Nous ignorons aussi si la foule évolue dans un espace clos
Ou si elle est à l’extérieur.
La lumière est neutre,
Seules les couleurs vives des habits
Egaient cette composition bien mystérieuse.
C’est alors que nous nous interrogeons
Sur la réalité de cette marée humaine:
Ne pourrait-elle révéler la richesse d’un monde intérieur,
Plein d’êtres humains colorés, agglutinés,
Cherchant l’Amour, cette illustre inconnu,
Hésitant entre les groupes, d’où les vides
D’un bonheur si difficile?
L’auteur est prêt à les guider
Et à les accueillir dans son coeur.
Il sont subjugués par sa générosité.
A moins qu’il ne se soit lui-même représenté,
Seul, anonyme, marchant avec eux,
Son oeuvre provenant alors d’une démarche compréhensive et d’empathie.
Une solution erait aussi de toucher le spectateur
Par complicité, pour qu’il s’identifie,
Pour qu’il éprouve un sentiment d’appartenance
De prise de conscience, d’Existence,
De solidarité, de partage,
Dimension métaphysique, alors…
Lui, le solitaire, l’Anonyme,
Lui l’Artiste, ce cher Victor…

Béatrice Bellat

Interview de Canoline Critiks

Propos recueillis par Canoline Critiks
Victor Sasportas, à la frontière de nouvelles affluences.

Comment est née l’idée de votre série sur les foules?

Après avoir longtemps reproduit mes souvenirs de bateau, de mer, puis avoir travaillé sur des compositions plus ou moins figuratives, je me suis orienté vers un travail plus abstrait et plus humain, mettant en scène des personnages, des rassemblements.
Dans cette série, chaque personnage semble avoir une expression différente, et s’exprimer ou s’orienter vers une destination.
J’ai cherché à donner une dimension intime et unique à ces personnages – qui ont certainement des points communs – en observant au quotidien ce qui me fascine; les attitudes, les gestes, les surprises et les “incontrôlés” de la vie.
Le sujet est inépuisable, il m’inspire encore à chaque instant.

Vous évoquez, dans cette série, l’idée de territoires et de frontières

Oui, les personnages sont réunis sous une certaine affluence. Les limites du groupe se dessinent naturellement créant une frontière imperfectible et contrastée. Certaines couvres évoquent les frontières géographiques d’un pays comme la France, d’autres sont issues d’un imaginaire fantasmé. Ce sont les lisières de terres inconnues; un nouveau monde, mais non moins symbolique, peuplé d’individus bigarrés et unis pour ses ressemblances comme ses différences.

Votre empâtement est travaillé par aplats plus ou moins géométriques qui tendent vers l’abstraction, une véritable marque de fabrique?

L’abstraction suggère des réalités parfois à la limite de la figuration et permet à chacun de pouvoir interpréter, imaginer, s’évader. Ma démarche artistique abstraite se situe dans une structuration de formes géométriques. C’est en quelque sorte mon écriture, sans excès. Elle enferme mon imaginaire et ma sensibilité.
Les empâtements témoignent, au départ, de mon envie de tout refaire tout le temps. Je cherche sans cesse la perfection, celle qui par définition est inaccessible et qui donne encore plus d’intensité à mon travail. Cette intention de donner aussi un maximum de densité et d’éclat à la couleur.

La couleur est effectivement au centre de votre oeuvre.

La couleur est partout! Elle apporte la lumière, la vie, la joie, l’émotion, la liberté… Comment s’en passer? Elle est effectivement au centre de mes travaux, peut-être parce que j’aimerais qu’elle entre chez tout le monde.

Qui sont vos maîtres aujourd’hui?

La liste est longue. Je citerai plus particulièrement, pour leurs chefs d’oeuvre et leurs parcours, Nicolas de Staël, Paul Klee, Edouard Mannet ou encore Gustave Courbet.
J’ai beaucoup appris avec eux, ils me fascinent toujours autant. J’ai également une grande admiration pour Jean-Michel Basquiat et Keith Harring, des contemporains partis trop tôt. Sans oublier mes influences architecturales, très présentes dans mes oeuvres. L’architecture est une autre passion, qui me rapproche parfois de Vieira Da Silva et en particulier du mouvement paysagiste abstrait.

Terra Incognita Universelle

Article de Canoline Critiks
Victor Sasportas, Terra Incognita Universelle
Personnages-La-foule-Acrylique-sur-toile-130-x-89-cmVictor Sasportas s’intéresse à l’Homme, il puise son inspiration dans l’observation du flux humain. L’artiste humaniste est né à Mogador, ville fortifiée du sud du Maroc qui deviendra Essaouira. Il évoque sa passion pour la peinture depuis l’âge de sept ans. Ses œuvres organisent des territoires hétérogènes issus de son imagination, peuplés de motifs récurrents. Une ornementation topographique composée, par exemple, de personnages hauts en couleur, amassés en rassemblements épars qui n’étouffent pas la surface.

Ce conglomérat de figures est d’une étonnante spécificité.
Malgré l’abstraction dominante, le trait est précis avec une volonté de susciter le rapprochement du spectateur. L’attraction repose sur un procédé et un mode de vision ludique. Sur une toile blanche, quelques grandes lignes naissent d’abord au fusain, des personnages se dessinent puis c’est la matière qui entre en jeu au pinceau ou au couteau avec l’acrylique et autres liants. Les points de vue en plongée et contre-plongée miniaturisent et accentuent à la fois les personnages, déformant les lignes fuyantes et appuyant la perspective. Cette distance-présence, ce va et vient signifiant permet au spectateur de regarder la scène de haut et en même temps de s’ y immiscer via un effet de proximité qui l’implique directement.

« J’avais imaginé la foule, probablement en sortant d’un match de football, j’ai commencé à poser mes personnages et une forme, un territoire évoquant la France est apparu. Puis la série est née d’une commande sur le thème de la géographie avec toujours cette notion de territoire et des personnages migrants de toutes parts. J’aime lier l’idée d’abstraction géométrique avec l’expression, le mouvement, le regard… Les personnages m’intéressent, ils ont un sens. »

Chaque personnage apparaît comme une présence unique en circulation. Un paradoxe visuel qui souligne l’immobilité de la peinture et le déplacement, l’instabilité de la scène. Tout semble prêt à disparaître ou à se transformer d’un moment à l’autre.
La liberté du mouvement se lie à la richesse de la palette. L’artiste multiplie les couleurs sans aller jusqu’à la saturation visuelle. Il rassemble des éléments coordonnés, harmonieux sous des tonalités primaires, rouges, jaunes, bleues, d’une puissance esthétique franche.

« Je m’exprime avec beaucoup de couleurs. La couleur c’est la vie, c’est la liberté ! Une toile n’est jamais aboutit mais la couleur peut y contribuer. »

Aussi universels qu’implacables, les travaux cartographiés de Victor Sasportas soulignent la place de L’homme dans son environnement, une terra incognita d’ici et d’ailleurs qui appartient à chacun. Les frontières géographiques érigent des remparts contre la fatalité. Elles miment la nécessité de notre existence au monde et à la cohésion fraternelle. Une société individualiste fascinante dans laquelle intérêts particuliers et collectifs viennent à se confondre. La réalité citoyenne surgit de l’abstraction, accroche notre œil pour réapparaître sous un autre angle et une autre couleur.
Enfin, les œuvres de Victor Sasportas désamorcent la revendication et le potentiel subversif pour glisser vers une part de rêverie et de contemplation. Habitées et passionnées, elles ouvrent vers une esthétique à nulle autre pareille.